Navigabilité du fleuve Sénégal : Le projet fait un pas de géant

La restauration de la navigabilité du fleuve Sénégal de Saint-Louis du Sénégal à Ambidédi au Mali (soit une distance de 905 km), un vœu cher au président de la République, Ibrahim Boubacar Keïta, est en passe d’être réalisée.

Toutes les études de faisabilité ont été bouclées. Le financement, estimé à près de 500 millions d’euros, est trouvé. Car, la Société de gestion de la navigation (Sogenav) a reçu de la Société indienne de travaux AFCONS, des offres technique et financière pour sa réalisation. Il reste l’effectivité du contrat commercial, dont la signature trainerait à cause de la volonté des Etats membres de mieux optimiser le projet.

Ces avancées enregistrées et l’intérêt du projet semblent méconnues des populations bénéficiaires que sont les habitants des trois Etats : Mali, Mauritanie et Sénégal. Pour combler ce déficit de communication, la Sogenav a organisé, vendredi dernier à Saint-Louis (Sénégal), une journée d’échanges avec la presse sur l’état d’avancement du «Projet de navigation de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS)».

Cette rencontre, qui a eu lieu sous la présidence du Haut commissaire, Hamed Diané Séméga, a vu la participation d’une importante délégation de la Compagnie nationale du Rhône (CNR) de France, avec à sa tête Mme Elisabeth Ayrault, sa présidente-directrice générale, en visite de travail auprès de l’OMVS du 5 au 7 juin. C’est dans ce cadre qu’il a été décidé de faire une croisière de Saint-Louis jusqu’au niveau de l’écluse de Diama, à bord de Bou El Mogdad.

Ce bateau emblématique qui porte le nom d’un résistant sénégalais, naviguait de Saint-Louis à Kayes de 1950 à 1974. Avant de devenir, selon son second commandant, un simple navire de croisière. Notons à cet effet que la navigation sur le fleuve Sénégal a connu une période florissante dans les années 1960 entre Saint-Louis Kayes, sur une distance de 948 km.

La grande sécheresse de 1973-1975, en plus du défaut d’entretien des fonds du fleuve par curage et/ou dragage, a freiné cet essor et fait apparaître plusieurs obstacles (seuils) à la navigation. Aujourd’hui, seul le navire «Bou El Mogdad» assure des rotations régulières pour emmener des touristes de Saint-Louis à Podor, sur l’île à Morphil (Sénégal).

A la fin de cette croisière de trois heures, qui a permis de découvrir la beauté de l’écosystème de cette zone, les deux délégations ont animé une conférence de presse. Objectif : faire comprendre aux hommes de médias que ce projet, qui sera réalisé en deux phases, est un véritable vecteur de développement et de croissance économique pour nos pays. Introduisant les débats à cet effet, l’ancien président du conseil des ministres de l’OMVS a rappelé qu’Ambidédi ouvrira une fenêtre au Mali sur l’océan atlantique à partir du chenal navigable qui va être tracé à la faveur de ce projet.

Ainsi, des dizaines de bateaux pouvant transporter l’équivalent du contenu de 80 camions de 40 tonnes, pourront accoster à Ambidébi, à 45 km de Kayes. Cela grâce à la construction à Saint-Louis d’un port fluviomaritime, qui coûtera près de 300 millions d’euros. Ce qui va, selon l’ancien ministre malien de l’Energie et de l’Eau, transformer radicalement cette ville.

A Rosso, en Mauritanie, il est prévu la création d’un chantier naval où les bateaux seront réparés dans un premier temps, avant d’y être construits. Sans compter les quais et autres infrastructures à réaliser, et l’énorme potentiel touristique qui créera des emplois sûrs et durables. En libérant ainsi le potentiel économique du fleuve, on permettra à toute cette zone de se développer, en fixant les populations autour des activités créées : agriculture irriguée, commerce fluvial, tourisme, maraîchage, espère Hamed Diane Séméga.

Cela, grâce en partie à la maîtrise de ce cours d’eau. A titre d’exemple, le plus gros barrage du système doit être construit sur le Bafing, principal affluent du fleuve, à Koukoutamba. Son but est l’amélioration du débit du fleuve et des capacités de production du barrage de Manantali. Sur la Falémé, il sera réalisé, à Gourbassi, un projet de régulation de ce cours d’eau. Toute chose qui permettra un bon contrôle de ce cours d’eau qui n’est maîtrisé qu’à hauteur de 50 à 55%, selon M. Séméga. Conséquence : chaque année, nous perdons, selon les statistiques, des milliards de m3 d’eau dans la mer.

Complétant le haut commissaire, la PDG de la CNR a, tout en rappelant que sa compagnie est spécialisée dans l’exploitation du fleuve : entretenir un chemin de navigation, implanter des ports, des quais, des zones d’activités économiques, a dévoilé les retombées du Rhône. «Nous transportons plus de 5 millions de tonnes de marchandises sur des courtes distances, enregistrons plus de 200.000 passagers touristiques. Nous comptons plus de 15.000 emplois permanents grâce à la navigation et aux zones industrielles qui l’accompagnent, sans compter ceux liés au tourisme et autres emplois temporels», a énuméré Mme Elisabeth Ayrault.

En réponse aux questions des journalistes, le directeur général de la Sogenav a indiqué que le projet n’a pas pris de retard, au regard de la qualité des études qui ont été réalisées par des bureaux d’études de niveau mondial. Pour Mamadou Faye, il est attendu 6% de taux de rentabilité interne, avec des impacts de 0,5 à 1,5% sur le taux de croissance au niveau de chaque Etat.

Envoyé spécial
Cheick M. TRAORÉ

SourceEssor

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